
Oui aux nouvelles techniques pour modifier le matériel génétique d’un organisme
Les OGM
Le principe des OGM est de transférer un gène d’intérêt d’un organisme vers un autre, par exemple, le maïs BT a reçu d’une bactérie naturellement présente dans le sol la capacité de produire son propre insecticide.
En 2019, la surface cultivée d’organismes génétiquement modifiés (OGM) s’élevait à 190 millions d’hectares, soit 10 % des surfaces totales cultivées. Les OGM sont très présents dans certains pays et notamment aux États-Unis, au Brésil, en Argentine ou encore en Inde.
Les OGM sont donc obtenus avec de multiples techniques réalisées en laboratoire. La première et la plus fréquemment utilisée est la transgénèse, c’est-à-dire l’ajout d’un ou plusieurs gènes d’une autre espèce pour modifier les caractéristiques de l’élément de base. Par exemple, le maïs MON810, autorisé à la culture en Espagne et au Portugal, est obtenu par ajout d’un gène d’une bactérie présente dans le sol qui permet à la plante de mieux se protéger contre les insectes ravageurs. En France, la culture de ce maïs OGM est interdite depuis 2014.
Les OGM ont de nombreux avantages. Ils permettent en effet de :
Cependant, ils présentent des inconvénients majeurs :
Les NGT / NBT
Les NGT sont de nouvelles techniques génomiques, [ou NBT (new breeding techniques)] qui utilisent une découverte qui valut à la française Emmanuelle Charpentier et à Jennifer Doudna le prix Nobel de chimie, en 2020. Cette découverte dite des «ciseaux moléculaires » CRISPR-Cas9, permet de modifier précisément la génétique d’une plante sans introduire de gènes extérieurs. Cette technique est très efficace pour couper l’ADN à un endroit précis, permettant de remplacer la séquence coupée par une autre.
Les organismes obtenus sont donc bien des Organismes Génétiquement Modifiés, dans le sens où l’homme est intervenu, mais ils ne sont pas transgéniques :
Ils pourraient apparaître spontanément dans la nature, avec une probabilité plus ou moins importante, par mutation ou par croisements successifs.
Les fruits et les légumes que nous consommons ont tous été lentement modifiés génétiquement. Ils sont très éloignés de leur état d’origine naturel.
On pourrait lister tous les légumes présents dans notre assiette : aucun n’existerait sous cette forme sans des siècles d’intervention humaine.
Pour créer un NGT, il faut avoir étudié précisément les caractéristiques d’une plante et identifier le gène intéressant. On peut alors aller plus loin et plus vite que la sélection classique, et de manière très précise. Pour agir sur 3 points essentiels : diminuer les besoins d’engrais et de pesticides, améliorer la qualité de notre alimentation et adapter les cultures au changement climatique.
Les premières applications existent et sont déjà commercialisées à travers le monde : comme une tomate enrichie en antioxydants ou un soja au profil d’huile plus favorable. Les possibilités semblent infinies. Des plantes que l’homme a cessé de cultiver pourraient même réapparaître sur nos étals.
Pour les cultures les plus courantes, comme le blé, les chercheurs s’efforcent d’améliorer ou de préserver les rendements tout en réduisant l’usage d’engrais et de pesticides. Cet enjeu est crucial : avec une population mondiale croissante, augmenter la productivité par hectare est essentiel pour éviter d’empiéter sur les terres préservées pour la nature que nous avons à charge de sanctuariser pour préserver la biodiversité.
Des chercheurs ont trouvé un moyen de réduire la quantité d’engrais azotés nécessaires à la culture des céréales. D’autres sont sur la bonne voie pour remplacer les pesticides. Des céréales résistantes à un virus de type « Jaunisse », transmis par les insectes, ont notamment été développées. Jusqu’en 2018, les néonicotinoïdes étaient un moyen de lutte efficace. Depuis leur interdiction, les agriculteurs doivent appliquer plusieurs insecticides. Obtenir des variétés tolérantes aux virus serait un moyen efficace de limiter leur utilisation.
D’autres NGT permettent de se passer de fongicides qui empêchent le développement de champignons pathogènes. Comme le blé immunisé contre l’oïdium, qui a été approuvé le 5 mai 2024 par les autorités chinoises.
Améliorer notre alimentation
Les NGT peuvent aussi nous aider à mieux nous nourrir, pour un meilleur prix, en alliant rendement et qualité nutritionnelle. Une farine blanche contenant 3 fois plus de fibres, autant qu’une farine complète, a été développée aux États-Unis. Le manque de fibres dans notre alimentation est une des causes de cancer liées à notre mode de vie. En Angleterre, des essais portent sur des blés moins riches en Acrylamide, un composant qui s’avère cancérigène en cas de surcuisson.
S’adapter au changement climatique
Un des principaux axes de développement est évidemment l’adaptation des cultures au réchauffement climatique. Éviter les pénuries ou les trop grandes augmentations de prix en cas de mauvaises récoltes est un des enjeux majeurs des prochaines décennies. Des plants de blé aux racines plus longues ont par exemple été conçus pour être plus résistants à la sécheresse.
L’utilisation des NBT vise génétiquement à permettre :
Risques
Selon le comité consultatif commun d’éthique de l’INRA, CIRAD et d’Ifremer :
« Les risques associés aux nouvelles techniques d’édition du génome sont pluriels et intriqués entre eux : environnementaux, sanitaires, agricoles, économiques, sociaux et politiques. Ceux spécifiquement associés à ces nouvelles techniques sont peu nombreux : principalement le bioterrorisme qui reste toutefois une menace abstraite pour les végétaux. De la sorte, le précédent des plantes génétiquement modifiées (PGM, obtenues par transgenèse) a permis d’investiguer et documenter la plupart des risques environnementaux et sanitaires existants. Pour les risques agricoles, l’édition du génome peut à la fois être un facteur réduisant l’agrobiodiversité, mais aussi une solution pour l’enrichir et répondre à de nouveaux enjeux. Dans son 11e avis, le comité d’éthique analyse également les risques économiques, sociaux et politiques et relève que différentes interrogations pointent vers une préoccupation commune : faire en sorte que ces nouvelles technologies, associées aux régimes de propriété intellectuelle, ne dépossèdent pas les citoyens de leur capacité d’action sur des objets d’intérêt commun. Ce qui invite à repenser les liens entre techniques et systèmes agricoles. »
Développement de l’agriculture biologique
En pratique, les différentes applications des NBT peuvent être utilisées pour renforcer la résistance des variétés cultivées, en y introduisant des caractéristiques de variétés sauvages (procédé de « rewilding ») afin d’améliorer les rendements en agriculture biologique. De cette manière, les plantes ont moins besoin d’engrais ou des pesticides, objectifs fixés par l’IFOAM à l’agriculture biologique.
Selon le comité éthique commun de l’INRA, CIRAD et d’Ifremer :
« les techniques d’édition de génome sont pleinement compatibles avec l’agro-écologie ». Les scientifiques consultés évaluent que les objectifs principaux de l’agro-écologie peuvent être atteints grâce aux NBT, par exemple l’augmentation de la biodiversité, la réduction de la quantité d’intrants (herbicides, engrais…) ou la suppression de la résistance à un herbicide par des mutations dirigées visant à revenir à la plante sauvage.
Les membres du comité soulignent la nécessité de « prendre le temps d’améliorer, soulignant que les ciseaux moléculaires offerts par CRISPR-Cas9 ne pourront apporter les solutions aux problèmes de l’agriculture qu’à la condition qu’on leur donne le temps de s’éprouver dans des milieux ouverts, tout en ouvrant les systèmes d’évaluation des innovations au-delà de l’analyse bénéfices-risques et de mener une réflexion collective et inclusive » à laquelle participe la société.
Une position similaire a été exprimée par l’agronome Michel Griffon qui juge que les « nouvelles biotechnologies végétales offrent des opportunités très intéressantes pour consolider une agriculture ancrée dans une vision écologique de la production végétale ». Idem pour Urs Niggli, directeur de l’Institut de recherche sur l’agriculture biologique (Forschungsinstitut für biologischen Landbau, FIBL) qui évoque le « grand potentiel » des NBT comme moyen de lutter contre les maladies et d’éviter l’utilisation de pesticides en agriculture biologique.
La FiBL dresse une liste de priorités aux NBT appliquées à l’agriculture biologique :
Toutefois, la FiBL s’inquiète des problématiques d’usage des variétés en fonction des formes de propriété intellectuelle appliquées et déplore le fait que ces techniques soient principalement mises en œuvre par les plus importantes entreprises semencières.
Veto du parlement européen !
Cependant, les NGT ne pourront pas être rapidement utilisées en agriculture biologique, alors qu’elles pourraient réduire le recours aux pesticides. C’est d’autant plus surprenant que l’agriculture bio utilise depuis longtemps des variétés issues de la mutagenèse aléatoire (provoquée par des radiations ou des produits chimiques). Les variétés modernes d’orge de printemps, de tournesols oléiques ou même le pamplemousse rose sont issues de cette technique, qui a prouvé ses avantages pour l’environnement et les consommateurs.
La législation distingue deux types de NGT :
Limiter le potentiel des NGT, c’est augmenter le coût de l’alimentation pour les Européens, réduire la compétitivité des agriculteurs, renoncer à des solutions écologiques et fragiliser notre sécurité alimentaire. Un progrès a été fait. Espérons que certains détails et l’instrumentalisation des peurs par certains activistes ne ruinent pas les immenses bénéfices attendus.
1000 scientifiques, dont 35 Nobel, ont supplié le parlement de les autoriser !
PhJC 12/2025